La Baie de Somme et les Artistes

Les couleurs de la Baie sources d’inspirations des artistes contemporains

Alfred Manessier (1911-1993)

On ne présente pas Alfred Manessier qui, avec Jean Baziane et Jean Le Moal entre autres, fut l’un des maîtres de la Nouvelle Ecole de Paris dés 1941.

Pour le 100 ème anniversaire de sa naissance, la Picardie rend hommage au grand peintre de la baie de Somme.

Le romancier Jules Vernes entretient une relation intime avec la Baie de Somme et le port du Crotoy. On retrouve dans «L’Ile mystérieuse» (1874-75), la description de l’île Lincoln correspond à la côte picarde: la Baie de l’Union est la copie conforme de la Baie de Somme. Granite-House, l’habitation des naufragés, correspond  à l’emplacement du Crotoy. Géographie illustrée de la France et de ses colonies, l’écrivain décrit la ville comme « un charmant petit port de mer, situé sur une presqu’île avancée de la baie de Somme, qui a conservé quelques restes de son enceinte fortifiée, et les ruines du château où Jeanne d’Arc fut enfermée par les Anglais en 1431. »

C’est lors de ses sorties en mer au départ du Crotoy, que l’écrivain développera  son extraordinaire roman Vingt Milles Lieues sous les mers . Il l’écrira, dans sa villa, sur son bateau ou sur la plage. On retrouve toute sa fougue dans ses mots à son ami Hetzel  « Ah ! Mon cher ami, quel livre si je l’ai réussi ! Que j’ai trouvé de bonnes choses en mer en navigant sur leSaint-Michel ! »

« Ce doux pays, plat et blond, serait-il moins simple que je l’ai cru d’abord ? J’y découvre des mœurs bizarres : on y pêche en voiture, on y chasse en bateau […] Étrange, pour qui ignore que le gibier s’aventure au-dessus de la baie et la traverse, du Hourdel au Crotoy, du Crotoy à Saint-Valery ; étrange, pour qui n’a pas grimpé dans une de ces carrioles à larges roues, qui mènent les pêcheurs tout le long des vingt-cinq kilomètres de la plage, à la rencontre de la mer…

[…] le soleil peut se coucher tranquillement au-delà de la baie de Somme, désert humide et plat où la mer, en se retirant, a laissé des lacs oblongs, des flaques rondes, des canaux vermeils où baignent les rayons horizontaux… La dune est mauve, avec une rare chevelure d’herbe bleuâtre, des oasis de liserons délicats dont le vent déchire, dès leur éclosion, la jupe-parapluie veinée de rose…

Les chardons de sable, en tôle azurée, se mêlent à l’arrête-bœuf, qui pique d’une épine si courte qu’on ne se méfie pas de lui. Flore pauvre et dure, qui ne se fane guère et brave le vent et la vague salée […]

Pourtant, çà et là, verdit la criste-marine, grasse, juteuse, acidulée, chair vive et tendre de ces dunes pâles comme la neige… […]

La baie de Somme, humide encore, mire sombrement un ciel égyptien, framboise, turquoise et cendre verte. La mer est partie si loin qu’elle ne reviendra peut-être plus jamais ? Si, elle reviendra, traîtresse et furtive comme je la connais ici. On ne pense jamais à elle. On lit sur le sable, on joue, on dort, face au ciel, jusqu’au moment où une langue froide, insinuée entre vos orteils, vous arrache un cri nerveux : la mer est là, toute plate, elle a couvert ses vingt kilomètres de plage avec une vitesse silencieuse de serpent. Avant qu’on l’ait prévue, elle a mouillé le livre, noirci la jupe blanche, noyé le jeu de croquet et le tennis. Cinq minutes encore, et là voilà qui bat le mur de la terrasse, d’un flac-flac doux et rapide, d’un mouvement soumis et content de chienne qui remue la queue…

Un oiseau noir jaillit du couchant, flèche lancée par le soleil qui meurt. Il passe au dessus de ma tête avec un crissement de soie tendue et se change, contre l’est obscur, en goéland de neige… »
Colette, « En baie de Somme », « Partie de pêche », Les Vrilles de la vigne, Romans, récits, souvenirs (1900-1919), Robert Laffont, Collection « Bouquins », I, pp. 673-674.

Victor Hugo s’inspire de son séjour en Juillet 1836 à Saint Valéry sur somme pour écrire les vers d’Oceano Nox poème, paru en 1840 dans le recueil Les Rayons et les Ombres. Ce poème est né suite à une tempête sur la côte picarde. Contrairement aux romantiques, Victor Hugo ouvre une réflexion sur le sort des naufragés.

Première strophe :

Ô combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Dernière strophe :

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !

Mannessier et la Baie : témoignage vivant

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